Chercheur et professeur à l’Université de Liège, Hassan Bousetta s’intéresse aux migrations internationales, aux diasporas et à la participation citoyenne des populations issues de l’immigration. Dans cet entretien, il revient sur son parcours, l’histoire de sa famille marocaine en Belgique, ses travaux sur les relations entre le Maroc et l’Europe, et ses projets littéraires à venir.
FH2MRE: Pour commencer, qui est Hassan Bousetta et quel est votre parcours académique ?
Hassan Bousetta : Je suis chercheur et enseignant universitaire, né en Belgique au sein d’une famille marocaine. J’ai étudié la science politique à l’Université de Liège, où j’ai soutenu une thèse de doctorat en sciences sociales et politiques. Aujourd’hui, je suis professeur à l’Université de Liège et rattaché au Centre d’études de l’ethnicité et des migrations (CEDEM). Mes travaux portent principalement sur les migrations internationales, les politiques d’intégration, les diasporas et la participation citoyenne des populations issues de l’immigration. J’ai dirigé et participé à de nombreux projets de recherche européens et belges sur ces thématiques. Je m’intéresse également aux dimensions transnationales des migrations et aux liens entre ces différentes expériences.
FH2MRE: Pourquoi votre famille a-t-elle choisi de s’installer en Belgique ?
Hassan Bousetta : Je suis né en Belgique, et ce sont mes parents qui y ont émigré. Avant leur départ vers l’Europe, ma famille avait déjà connu une migration interne au Maroc. Ma mère, originaire des Beni Arous dans le nord du pays, a dû se réfugier avec les siens chez les Aït Ba-âmran pendant le protectorat espagnol. Après l’indépendance, sa famille est revenue s’installer à Tanger. Mon père a rejoint la Belgique en 1964, l’année de la signature de l’accord belgo-marocain sur la main-d’œuvre, et ma mère l’a suivi en 1968. Mon livre Entre-deux rives s’inscrit dans cette histoire familiale, qui rejoint celle d’une génération aujourd’hui engagée dans la transmission de mémoires longtemps marginalisées dans les récits européens.
FH2MRE: Comment êtes-vous venu à l’écriture et qu’est-ce qui vous motive dans ce domaine ?
Hassan Bousetta : Je n’ai pas de passion particulière pour l’écriture et je ne me considère pas comme un écrivain. Pour moi, l’écriture est avant tout un outil de travail. Elle me permet d’analyser et de sonder les profondeurs de nos sociétés. Elle est étroitement liée à mon activité de recherche en sciences sociales.
FH2MRE: Pouvez-vous nous parler de votre livre Entre deux rives, le Maroc et la Belgique et des thèmes que vous y abordez ?
Hassan Bousetta : Mon livre de 260 pages propose une synthèse accessible et illustrée des relations entre le Maroc et le Nord-Ouest de l’Europe au fil des siècles. Il montre que de nombreux épisodes de rencontre entre ces sociétés ont été oubliés par la mémoire collective. L’histoire des travailleurs immigrés, et particulièrement celle de leurs épouses, a longtemps été ignorée. Les trajectoires parallèles et les destins croisés du Maroc et de la Belgique ont donc été largement passés sous silence. À travers ce livre, je souhaite que les jeunes, Belges ou Marocains, se réapproprient ce passé commun. Il rappelle que, malgré certaines propagandes haineuses en Europe, ces sociétés n’ont jamais été vraiment étrangères les unes aux autres.
FH2MRE: Comment avez-vous vécu votre intégration dans la société et la culture belge ?
Hassan Bousetta : Sur le plan culturel, la question de l’intégration ne se pose pas pour moi : je suis né et j’ai grandi en maîtrisant à la fois l’univers belge et européen. Le discours sur l’intégration est avant tout un discours de pouvoir, comme l’a montré le sociologue Abdelmalek Sayad. L’intégration n’est pas seulement une affaire individuelle : avant de juger si les personnes sont intégrées, il faut d’abord interroger la capacité de la société elle-même à intégrer. Il est essentiel d’examiner les structures des sociétés d’accueil et de se demander si elles permettent aux individus de se développer harmonieusement. La réponse à cette question reste nuancée. En effet, aux côtés des facteurs favorisant l’intégration, subsistent toujours des facteurs d’exclusion et de rejet.
FH2MRE: Quels sont vos projets littéraires pour l’avenir ?
Hassan Bousetta : Je prépare actuellement un livre sur les diasporas créatives, dans lequel je mets en évidence les liens entre diasporas et entrepreneuriat. J’y analyse l’importance des réussites des talents expatriés, qu’elles soient scientifiques, économiques ou sociales. La diaspora marocaine y occupe naturellement une place importante. L’ouvrage vise à montrer comment ces réussites influencent et enrichissent les sociétés d’origine et d’accueil. Il s’inscrit dans la continuité de mes travaux sur les migrations et les dynamiques transnationales. Le livre devrait paraître en Belgique avant la fin de l’année 2025.
