Le gouvernement espagnol a engagé un processus exceptionnel de régularisation des personnes en situation irrégulière, susceptible de concerner près de 500 000 migrants, dont plusieurs dizaines de milliers de Marocains déjà présents sur le territoire, estimés à environ 40 000. La mesure, adoptée par décret royal, a été annoncée le 14 avril par le Premier ministre Pedro Sánchez.
Le dispositif s’adresse aux étrangers sans casier judiciaire, présents sur le territoire avant la fin de l’année 2025 et capables de justifier d’une durée minimale de résidence. Les personnes ayant déposé une demande d’asile avant cette date pourront également en bénéficier, à condition que la demande ait été introduite avant le 1er janvier 2026.
Les bénéficiaires pourront obtenir un permis de séjour et de travail renouvelable d’un an, un numéro de sécurité sociale ainsi qu’une carte d’assurance maladie. Ce permis sera valable un an dans un premier temps, avec la possibilité d’une intégration progressive dans les dispositifs prévus par la législation. Les migrants pourront également travailler de manière provisoire, comme salariés ou indépendants, dès la prise en charge de leur dossier et jusqu’à la décision finale.
La procédure doit débuter en ligne à partir du 16 avril, puis se poursuivre en présentiel dès le 20 avril, avec une échéance fixée au 30 juin 2026.
Le dispositif prévoit également des mesures spécifiques selon les situations. Les permis pourront être prolongés jusqu’à quatre ans en cas de maladie grave, de handicap ou d’atteinte de l’âge de la retraite. Les enfants mineurs bénéficieront de titres de séjour d’une durée de cinq ans, dans le respect de l’unité familiale.
Le gouvernement a également annoncé un financement de 25 millions d’euros pour un programme de formation destiné à 1 000 jeunes migrants âgés de 16 à 18 ans, afin de favoriser leur intégration professionnelle.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité d’une mobilisation citoyenne ayant recueilli plusieurs centaines de milliers de signatures, ainsi que le soutien de nombreuses organisations. Elle constitue la première opération de cette ampleur depuis plus de vingt ans en Espagne.
Les autorités mettent en avant des objectifs économiques et démographiques. Le gouvernement estime que l’intégration de ces travailleurs dans l’économie formelle pourrait renforcer le système de sécurité sociale, dans un contexte marqué par le vieillissement de la population et des besoins en main-d’œuvre. À la fin de l’année 2025, les travailleurs étrangers représentaient 14,1 % des affiliés à la sécurité sociale, soit plus de 3,1 millions de personnes. Une part importante des migrants concernés occupe déjà des emplois dans des secteurs comme la construction, l’agriculture, la restauration ou les services à domicile, souvent dans l’économie informelle.
